La carte bancaire à l’étranger
Toutes les cartes Visa et Mastercard sont internationales. La vraie question n'est donc pas de savoir si votre carte fonctionne à l'étranger, mais ce qu'elle vous prend quand vous vous en servez. Et sur ce terrain, les chiffres relevés dans les brochures tarifaires donnent un résultat contre-intuitif : une carte gratuite peut ne rien coûter hors zone euro, pendant qu'une carte à 140 € par an facture 2,90 % plus 3 € à chaque retrait.
En bref
L’écart relevé 0 % à 3,05 %Commission sur un paiement hors zone euro, d’une carte gratuite de banque en ligne à une carte de réseau haut de gamme.
Ce guide démonte la facture ligne par ligne, la chiffre sur un séjour réel, puis donne les réflexes qui font baisser le total.
- Une carte internationale, ça veut dire quoi
- Les trois lignes qui font la facture
- Ce que coûte réellement un séjour
- Les réflexes qui font baisser le total
Une carte internationale, ça veut dire quoi
Un terme commercial, pas une catégorie
« Carte internationale » est une formule de brochure. Dès qu'une carte porte le logo Visa ou Mastercard, elle est acceptée dans le monde entier, qu'elle coûte 0 ou 350 € par an. Une Visa Classic et une Visa Infinite ouvrent exactement les mêmes terminaux.
Ce qui change d'une gamme à l'autre, ce sont les plafonds, les assurances de voyage et l'assistance. Pas l'acceptation.
Les vraies exceptions
Trois cas méritent attention avant un départ. Les cartes à usage limité, comme la Visa Electron ou la Maestro, passent mal hors d'Europe et sont souvent refusées en ligne. Les cartes prépayées sont parfois bloquées pour les dépôts de garantie, notamment en location de voiture et à l'hôtel. Enfin, American Express est bien accepté dans les grandes enseignes, mais beaucoup moins chez les petits commerçants, surtout en Europe du Sud.
Dans ces trois cas, la bonne réponse n'est pas de changer de banque : c'est d'emporter une seconde carte d'un autre réseau, ce qui protège aussi du vol et de l'avalement au distributeur.
Les trois lignes qui font la facture
La zone euro ne coûte rien
Premier point, et il élimine la moitié des voyages : un paiement ou un retrait en euros dans l'espace économique européen est facturé comme en France. La réglementation européenne l'impose. Un séjour à Lisbonne, à Dublin ou à Berlin ne déclenche aucun frais de change.
Tout ce qui suit ne concerne donc que les devises : livre, dollar, franc suisse, couronne, zloty, dirham.
Un pourcentage, une part fixe, et les retraits
La facture se compose de trois éléments, qui se cumulent. Une commission en pourcentage, de 2,38 à 3,05 % selon les brochures relevées. Une part fixe par opération, de 0,33 à 1,26 € par paiement, qui rend les petits achats disproportionnellement chers. Et sur les retraits, une commission fixe supplémentaire, de 3,00 à 3,20 € à chaque passage au distributeur.
C'est cette part fixe qui fait le plus de dégâts. Un café à 3 € payé par carte au Royaume-Uni supporte 1,26 € de frais chez LCL, soit 42 % du prix.
Le piège de la conversion proposée sur place
Au moment de payer, le terminal ou le distributeur propose parfois de régler « en euros » plutôt que dans la devise locale. L'offre paraît rassurante. Elle ne l'est pas : c'est le commerçant ou l'exploitant du distributeur qui fixe alors le taux de change, et il y ajoute sa marge, souvent 3 à 5 %.
Refusez systématiquement, et payez dans la monnaie locale. Le taux appliqué est alors celui de Visa ou Mastercard, qui est proche du taux interbancaire. Votre banque prélèvera sa commission par-dessus, mais le total reste inférieur.
Ce que coûte réellement un séjour
Voici les frais hors zone euro relevés dans les brochures tarifaires des établissements suivis par le comparateur. La cotisation annuelle figure en regard, pour montrer qu'elle ne prédit rien.
Frais hors zone euro, par carte
| Carte | Paiement | Retrait | Cotisation |
|---|---|---|---|
| Fortuneo Fosfo | 0 % | 0 % | 0 € |
| Fortuneo Gold | 0 % | 0 % | 0 € |
| BoursoBank Ultim | 0 % | 1,69 %, 3 retraits offerts | 0 € |
| BoursoBank Welcome | 0 % | 1,69 %, 1 retrait offert | 0 € |
| BNP Paribas Visa Infinite | 2,00 % + 0,60 € | Non communiqué | 347 € |
| Caisse d'Épargne, toutes gammes | 2,80 % | 2,80 % + 3,20 € | 42,60 à 336,50 € |
| CIC, toutes gammes | 2,90 % + 0,33 € | 2,90 % + 3,00 € | 48 à 340 € |
| BNP Paribas Visa Classic et Premier | 2,90 % + 0,90 € | 2,90 % + 3,00 € | 49,50 à 144 € |
| LCL Visa Cléo et Premier | 3,05 % + 1,26 € | 3,05 % + 3,17 € | 52,20 à 146,40 € |
Deux semaines à Londres, le calcul
Prenons un séjour ordinaire : 1 500 € de paiements répartis sur une vingtaine d'achats, et trois retraits de 200 €. Le même séjour, avec deux cartes différentes.
Le même séjour, deux cartes
- Avec une CIC Visa Premier — paiements 43,50 € de commission + 6,60 € de part fixe
- Avec une CIC Visa Premier — retraits 17,40 € de commission + 9,00 € de frais fixes
- Avec une CIC Visa Premier — total du séjour 76,50 €, en plus des 140 € de cotisation annuelle
- Avec une Fortuneo Fosfo — total du séjour 0 €, et 0 € de cotisation
- Écart sur un seul voyage 76,50 €
Autrement dit : un seul voyage suffit à rentabiliser l'ouverture d'un compte gratuit dans une banque en ligne, utilisé uniquement pour les déplacements. C'est la conclusion la plus utile de cette page.
Les réflexes qui font baisser le total
Retirer gros et rarement
Puisque chaque retrait supporte 3 € fixes en plus du pourcentage, six retraits de 50 € coûtent 18 € de frais fixes quand un seul retrait de 300 € n'en coûte que 3. Le raisonnement s'inverse si votre carte offre des retraits gratuits, comme l'Ultim qui en accorde trois par mois.
Garder une seconde carte, gratuite
Ouvrir un compte dans une banque en ligne sans frais à l'étranger, et le garder pour les voyages, revient moins cher que de monter en gamme dans sa banque principale. Fortuneo et BoursoBank ne facturent rien sur les paiements en devises.
Avantage secondaire, mais réel : deux cartes de réseaux différents, rangées séparément, vous évitent de finir sans moyen de paiement après un vol ou une carte avalée.
Vérifier les plafonds avant de partir
Les plafonds de paiement et de retrait sont calculés sur une période glissante, en général trente jours pour les paiements et sept pour les retraits. Une location de voiture, un hôtel et deux billets d'avion les atteignent vite. Ils se relèvent temporairement depuis l'application bancaire, souvent en quelques clics.
Pensez aussi à l'empreinte de carte prise par les hôtels et les loueurs : elle bloque une somme qui ne compte pas comme dépense, mais qui réduit votre disponible pendant plusieurs jours.
Regarder ce que couvre déjà votre carte
Avant de souscrire une assurance voyage, ouvrez la notice de votre carte. Les gammes Gold et Premier incluent une assistance rapatriement et des frais médicaux, à condition d'avoir payé le voyage avec la carte. L'assistance ne joue toutefois que sur les premiers jours du déplacement — 90 jours en général — et les garanties d'assurance jusqu'à 180 jours selon les contrats.
Questions fréquentes sur la carte bancaire à l'étranger
Faut-il prévenir sa banque avant de partir ?
Ce n'est plus obligatoire chez la plupart des établissements, qui détectent les voyages automatiquement. Un signalement reste utile pour une destination inhabituelle ou un long séjour, car un paiement inattendu à l'autre bout du monde peut déclencher un blocage de sécurité.
Profitez-en pour vérifier vos plafonds de paiement et de retrait, qui se relèvent en général directement depuis l'application bancaire, et pour noter le numéro d'opposition, qui n'est pas le même depuis l'étranger.
Vaut-il mieux payer en euros ou en monnaie locale ?
Toujours en monnaie locale. Quand un terminal propose de convertir en euros, c'est le commerçant ou l'exploitant du distributeur qui fixe le taux, et il y ajoute une marge de 3 à 5 %.
En refusant, vous obtenez le taux de Visa ou de Mastercard, très proche du taux interbancaire. Votre banque ajoutera sa propre commission, mais le total reste plus avantageux dans la quasi-totalité des cas.
Y a-t-il des frais pour payer en Espagne ou en Italie ?
Non. Un paiement ou un retrait en euros dans l'espace économique européen est facturé exactement comme en France, parce que la réglementation européenne l'impose aux banques.
Attention tout de même à deux pays qui sont en Europe sans être dans l'euro : la Suisse et le Royaume-Uni facturent des frais de change, comme n'importe quelle destination lointaine.
Une carte haut de gamme coûte-t-elle moins cher à l'étranger ?
Pas nécessairement, et c'est le constat le plus frappant du relevé. Chez plusieurs banques de réseau, la commission de change est identique de l'entrée de gamme au haut de gamme : 2,90 % plus une part fixe chez CIC, que la carte coûte 48 ou 340 € par an.
Ce que la montée en gamme apporte vraiment, ce sont les plafonds, les assurances de voyage et l'assistance. Pour les frais de change, la différence se joue entre les banques, pas entre les gammes.
Quelle carte choisir pour un long voyage ?
Une carte sans commission sur les paiements en devises, complétée par une seconde carte d'un autre réseau gardée à part. Les cartes gratuites des banques en ligne couvrent le premier besoin sans cotisation.
Vérifiez trois points avant de partir : le nombre de retraits gratuits par mois, puisque c'est souvent là que subsistent des frais, la durée de validité des assurances, limitée à quelques mois de déplacement continu, et les plafonds, qu'un long séjour atteint plus vite qu'un week-end.